Pour commencer

Monsieur le Président Directeur Généreux du Parti De Gauche, je viens de terminer votre dernier livre, rouge de couve, rouge de colère, lettres noires comme le drapeau noir de l’anarchie. J’ai pris deux mois à le lire. Non qu’il soit difficile à lire, je pense que j’aurais pu le faire d’une traite, un dimanche, jour du seigneur. Mais je n’avais pas assez de dimanches, ni de veilles, ni de moment souple et vide pour me plonger dedans sans masque ni bouée.
Oui, oui, on peut s’y noyer ou s’y pendre, comme j’ai failli le faire en fermant un an plus tôt le livre de Ruffin, « la guerre des classes », rouge de couve, la tête noire d’un patron le couteau entre les dents.
J’ai terminé votre livre, qui s’ouvre à l’internationale, sur l’Europe que vous connaissez de l’intérieur, sur ce message d’espoir aussi : Osons.
Alors, j’ai osé reprendre votre essai, poings par poings, sans complaisance, ni candide, ni bornée.

1 : Directeur : qui donne la direction

Finalement ce parallèle avec Ruffin sied bien au combat que vous menez tous les deux, le livre de Ruffin n’ouvre guère de portes, il laisse un goût de déprime, il a le mérite de mettre les points sur les i de l’exploitation de l’homme par l’homme, il informe sur le quotidien des ouvriers, des caissières, des gros propriétaires poitevins, il montre les dessous d’un système enlisé.
Le votre nous ferait bomber le torse, lever la tête, humer l’air de la rue. Il est de l’ordre de l’intérêt général et la démarche à laquelle vous nous invitez, nous citoyens, est la même que celle des pays d’Amérique du Sud. Chassons les profiteurs, les viandards, prenons le pouvoir par les urnes et construisons une nouvelle société après avoir élu nos représentants au sein d’une constituante.
J’ai compris ce premier message.
Et déjà, je doute.
L’intérêt général…
Définissez le, tout de suite, maintenant.
Expliquez.
L’intérêt général du citoyen français est-il le même que celui des pays d’Amérique latine ? sans doute, mais le premier a trop à perdre pour comprendre l’enjeu. Le premier est coincé, englué dans un fonctionnement consumériste, dans un confort médiocre qui s’installe entre les crédits de la maison et de la voiture, le téléphone portable et le grand écran tellement petit, le chariot que l’on pousse dans les rayons d’un supermarché toujours approvisionné, la visite à la belle mère un week-end sur deux, l’entraînement de foot du gamin ou la compétition de GRS de la plus jeune, le coiffeur, le tiercé, la réunion de parents d’élèves, le banquier… Un quotidien ordinaire soutenu par une gestion serrée d’un pouvoir d’achat encore élevé si on le compare à celui de ces peuples d’Amérique latine ou  de Tunisie, qui eux, n’ont plus rien à perdre, plus rien. C’est ce confort apparent de l’ordinaire d’une majorité de français qui rend difficile la compréhension du message comme l’expression de la colère. Ce semblant de confort qui fait dire à un maître nageur municipal, syndiqué à la CGT et qui ne fait pas grève un jour de mobilisation pour la retraite à 60 ans : « je n’ai pas les moyens de perdre une journée de travail ».
Donc vous devez expliquer comment construire une nouvelle société plus juste, plus libre, plus égale sans rompre avec l’apparente stabilité du quotidien.

Je vous écrivais ainsi en 2012, à l’heure de la foule à la Bastille, la marche de la VIe République, la hausse des sondages, l’espoir.
Depuis j’ai appris, j’ai compris que nous étions vieux tous les deux, et que vous étiez seul. Ce n’était pas vraiment la tour d’ivoire, mais les mésalliances, et votre détestation des medias fissuraient cette stature porteuse d’espoir, en tous les cas, du mien. Votre projet était “contre”, j’espérais “pour”. Le Front national siphonnait votre idéal social et les voix populaires.
L’élection d’un président socialiste sur un programme social aurait dû me rassurer. Vos prises de paroles pouvaient donner le cap mais les communistes allaient à la gamelle tandis que consciencieusement le président et son gouvernement trahissaient leurs promesses.
Lorsque cet élu socialiste, ancien maire de sous-préfecture, me dit en désespoir de cause au soir du premier tour des régionales de 2015 : « mais qu’est-ce-que tu connais toi à la gauche ? », ce soir là, j’ai touché le fond de mes désillusions sur l’homme et l’idéal, c’est à dire sur tous ces encartés “à gauche” et mon idéal social, humaniste. Ils avaient tous été à la gamelle et ils y allaient encore : ils sauvaient leur poste de maire, de président ou vice-président de communautés de communes, arrosés par quelques coups de pouce de grands groupes industriels ou commerciaux qui dépeçaient les grands services publics avec la bienveillante complicité de l’Europe. Les attentats parisiens les rendaient furieusement patriotes, on gérait l’insécurité pour mieux gérer la sécurité économique du grand patronat. Ces socialistes là avaient choisi leur camp détournant l’attention par une réforme territoriale qui allait servir les intérêts de ce grand patronat. Le démantèlement des régions était la première phase, allaient suivre les intercommunalités. Comment ?
C’est une maire d’une petite commune de la Creuse, présidente d’un syndicat intercommunal de gestion de l’eau liant sa commune à une autre, qui m’en donna l’explication. Les appels d’offres nationaux et européens s’imposent aux grandes intercommunalités et favorisent les multinationales pour la gestion de l’eau, des déchets, ou la réalisation de gros chantier. Cette élue n’était pas de gauche, mais elle allait aussi à la gamelle.

Aujourd’hui l’année 2015 se termine dans un état d’urgence dur qui dure, des régionales sans projet et juste un peu d’espoir à l’annonce des législatives espagnoles où Podemos exprime tout ce que les électeurs français ont voulu dire, quinze jours plus tôt.
Seront-ils floués comme les Grecs par l’Europe des banquiers ?

Nous sommes à quelques mois de l’élection présidentielle, ne croyez-vous pas, Madame ou Monsieur le président du futur qu’il serait temps de penser à nous, mais surtout à nos enfants auxquels vous devez léguer un pays vivant, juste, aimé ?
Il nous faudrait un programme clair et non des triturations de territoires, des distributions de prérogatives.     Arrêtez de parler de réformes : au temps du service militaire, un appelé était réformé parce que malade, inapte.     Dans l’agriculture, la vache de réforme est celle qui n’a plus d’utilité ni de valeur. Arrêtez de nous faire une France réformée. Ayez un vrai projet du futur, un futur au conditionnel et non subjectif.
Au conditionnel parce que la réflexion devrait être partagée par tous, et non subjectif privilégiant l’intérêt commun.
Quel serait ce projet simple pour être compris par tous, facile parce que librement consenti ?
Quels sont les deux champs que les politiques doivent labourer pour assurer un avenir solide et partagé par tous aux générations de demain ? :

L’éducation et l’environnement.
L’éducation, parce qu’elle forme les enfants et les jeunes d’aujourd’hui à devenir des citoyens avisés acteurs de leur vie personnelle et sociale, et non des consommateurs.

L’environnement, parce qu’il est l’espace  légué pour permettre à ces citoyens de poursuivre leur chemin et d’y construire un avenir serein sans désespérance pour leur descendance.

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Robotisation et revenu universel

L’éducation est d’abord et avant tout le champ de la famille où naît ou arrive l’enfant : famille au passé composé, au présent recomposé, voire décomposée, quelle que soit la famille qui a des enfants, la société ne doit jamais l’abandonner, au contraire. Or, depuis le plein emploi des trente glorieuses, le travail des deux parents a mis un coin dans l’unité, un coin frappé de plus en plus violemment de décennies en décennies, lorsque la machine a remplacé le paysan, l’ouvrier, l’agent, les caissières, les gendarmes.
Aujourd’hui notre pays compte plus de 3 millions de chômeurs, on les montre du doigt, on crée des emplois pour s’occuper des chômeurs dans des pôles d’emploi fictifs ; ils sont chargés de les convoquer, de les ranger dans une case, de les effacer aussi lorsqu’ils refusent un stage d’un an qui leur impose des déplacements, voire le déracinement, juste une façon de radier pour dégonfler le nombre de chômeurs sans leur garantir de nouvel emploi au bout.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus de plein emploi.

La robotisation

La disparition du plein emploi, beaucoup l’expliquent aujourd’hui par l’accélération de la robotisation des tâches. Demain toute la production, toute la chaîne du travail pourrait être effectuée par des machines… Est-ce- possible ? les gros industriels en rêvent, la masse salariale pose trop de problème. mais où seront les robots ? partout ? dans le bloc opératoire le chirurgien peut opérer depuis un écran, la tondeuse se déplace toute seule dans la propriété du voisin, un poids-lourd traverse l’Allemagne sans chauffeur, la voiture fera le trajet tandis que l’automobiliste téléphone, lit son journal, boit un café qu’une machine lui prépare. L’aspirateur se met en marche à distance et nettoie la maison, des mécanismes tirent la chasse d’eau dès que le quidam s’est relevé du siège des WC… La machine est bien là, et davantage demain. Alors, il n’y aura plus d’emploi primaire, le paysan surveillera le labour depuis un écran, l’ouvrier sera débauché, pas sûr que le technicien qui surveille la machine sur la chaîne de fabrication automobile ne soit pas demain un robot.
Porteurs de puces, comme le bétail, comme la volaille, nous serons sous la surveillance de machines, celles de la banque, de l’employeur, de la médecine, pourquoi pas du voisin.

Les élèves dans les écoles auront-ils des maîtres, des enseignants, des professeurs ? Que pourront-ils apprendre ? Quels savoirs pour garantir le renouvellement de générations intelligentes, cultivées, raisonnables.
Y aura-t-il encore des écoles ?
Aujourd’hui le vulgum pecus n’a pas assez d’intelligence et de culture pour voter ou voter bien, pour occuper ses loisirs, pour créer de la richesse sociale, abêti par la médiocrité des media, pris en charge par les lobbies de la consommation alimentaire, ludique, numérique.
Que feront-ils de ce temps libéré par les robots? Ils joueront aux boules devant leur maison avec leur voisin ? Seront-ils des consommateurs ignares, une majorité d’abrutis ?     Je refuse de l’imaginer.
Je refuse de voir cette régression de l’humanité.

Régression, oui, car il suffit de lire les lettres échangées entre les soldats et leurs femmes, leurs mères durant ces quatre ans de guerre totale dont nous célébrons le centenaire, triste anniversaire, pour comprendre ces têtes bien faites et pleines qui furent ou auraient pu être avec le seul certificat d’études des hommes, des femmes riches et généreux de leur savoir et de leur créativité dans notre société.
Je refuse de la voir et cependant, la régression a largement commencé, même si l’on nous dit que les hommes ont accédé à de nouvelles connaissances et à de nouveaux outils pour les exploiter. Ils perdent peu à peu leur autonomie de pensée, de geste, d’actes. Les écoliers ont une calculette dans leur trousse, une tablette dans leur cartable que l’État a financée, soutenant ainsi sans le dire le lobby de multinationales –  se souviendront-ils comment tenir un crayon ?
Toutes les études concordent pour dire que l’intelligence des êtres humains régresse depuis le milieu du XXe siècle ; demain  une minorité se dira élite intellectuelle, culturelle, économique, sociale alors qu’elle ne sera qu’une élite financière au-dessus d’une majorité d’abrutis consommateurs ?

Et seront ils consommateurs ?
Pas sûr.
Des politiques, des économistes conscients ou persuadés que la robotisation tuera l’emploi, prônent le revenu universel. Ils voudraient nous faire croire que ce serait une solution humaniste et solidaire à l’absence d’emploi. Ce revenu devrait donc être servi à une population de plus en plus nombreuse, sans doute avec des taux différents appliqués par foyer, selon la taille – célibataire, couple, couple avec enfants, nombre d’enfants – avec un seuil plancher mais aussi un seuil plafond.
Ce seuil plafond ne viendra-t-il pas mettre un coup d’arrêt à la consommation ?
Le revenu universel ne pourra pas payer la voiture, l’essence à mettre dedans, la maison, le jardin et sa motoculture, les équipements électroménagers à durée de vie très courte, la mode vestimentaire, la diversité alimentaire, les vacances… tout ce qui entretient l’activité économique. Sera-t-il accompagné de garanties assurantielles pour la santé, la sécurité permettant de maintenir un niveau de population de consommateurs assez élevé pour garantir l’activité commerciale, culturelle et de loisirs… (industrie du cinéma, du tourisme…) ?
Car la seule question à poser est : que deviendront toutes ces productions issues de la robotique s’il n’y a pas de consommateurs ?
A moins de fixer un taux très élevé, et si la société en a les moyens, le revenu universel est-il vraiment la solution ? On ne parle plus du revenu minimum, mais cette bien pensance nous met fasse à l’inéluctable : le revenu universel, un RMI sans l’obligation de l’insertion, sans le contrôle négocié ?
Pourquoi pas… mais est-ce moral dans une société où la valeur travail est déifiée, sacralisée ?
On instaure un système où l’individu est payé à ne rien faire… et sans doute trop mal payé pour demeurer consommateur.

Il faudrait passer cette proposition sociale et économique au tamis de la philosophie.
Réfléchir….

Dans les années 90, les travailleurs sociaux devaient organiser l’insertion sociale et professionnelle des bénéficiaires de RMI déjà dans un contexte de non emploi ; c’était aberrant. Ça l’est davantage au fil des années et de la numérisation et de la robotisation.
Alors, s’il y a moins d’emploi, pourquoi ne pas le partager ?
C’était l’idée de la réforme des 35 heures mais cette réforme a montré ses limites : à peine 7 heures hebdomadaires.
Loin de moi, l’idée d’alimenter le débat des pour et des contre, beaucoup d’entreprises et de salariés y ont trouvé leur bonheur, mais cela n’a pas résolu le problème du chômage aujourd’hui et demain.

Pourquoi vous écrire alors, Monsieur le Président du Futur, y aurait il mieux à faire ?

Permettez moi de penser que oui, il y a mieux à faire, il suffit de regarder l’évidence. Le travail est la valeur première de nos sociétés, un droit rémunéré. Mais le travail inscrit dans nos gênes depuis la nuit des temps est aussi aliénant quand il est subi et mal rémunéré.

Au lieu d’instaurer un revenu universel pour tous sans contre partie, ne pourriez vous rémunérer une activité sous-estimée, sous employée, qui cependant participe à la construction de notre société, sa base solide, diverse, riche et naturelle : l’activité parentale ?

Il ne faut pas croire que la majorité des individus qui perçoivent aujourd’hui le RSA ou leur allocations de chômage soient heureux « d’être payés à ne rien faire ».
Mise à part la dérive dépressive, qui conduit à l’alcoolisme social, l’absence d’emploi équivaut pour beaucoup à une absence d’utilité, à l’infériorisation de la personne dans son foyer, dans son voisinage. Il faut que l’être se sente utile à quelque chose, il faut qu’il ait une reconnaissance dans la société où il vit, au milieu de ses proches.

Alors oui, le Revenu universel est une bonne idée s’il est servi à des catégories précises qui enrichissent le groupe social : petits producteurs agricoles, artisans d’art, artistes,  parents.
Il est une bonne idée, si le montant n’est pas un minimum mais une vraie rémunération permettant de faire le bon choix qui donne de la valeur à l’individu et de la valeur ajoutée à la société.

Le concret de sa réalisation s’invite alors : j’entends déjà les politiques dire que cela va coûter beaucoup trop cher, qu’il n’y a pas de trésorerie disponible dans le contexte actuel. Permettez moi de penser que si, les finances peuvent le permettre, il suffit de transformer complètement la fiscalité – qu’est devenue la taxe Tobin que nous avons de si près tenue ? – et la gestion sociale. Au lieu de servir des prestations sociales au 2e enfant puis de les augmenter au fil des naissances, un dispositif qui se justifiait après la guerre pour relancer la natalité, au lieu de proposer une allocation parentale d’éducation, seulement à partir du 3e enfant et un montant dérisoire, comme si l’on privilégiait la quantité de l’investissement parental à sa qualité… Donnons les moyens matériels au parent qui souhaite rester au foyer pour élever le premier enfant, et les autres, pour garantir la permanence d’un accueil familial, du nécessaire cocon de l’enfance.

Redonnons lui cette responsabilité qui l’honore car il va participer sur le long terme, à la construction d’un individu dans un groupe social équilibré.

Cela suppose une refonte complète du régime prestataire.     Les régimes prestataires abondés par des cotisations patronales et par des fonds de l’Etat ne serviraient qu’une seule prestation familiale – le salaire parental – dont le montant devrait être au moins égal à un premier salaire dans le monde du travail, et ce dès le premier enfant. Ce salaire parental serait soumis à cotisations pour l’assurance maladie et retraite.
J’entends déjà les uns dire : « ce n’est pas moral, on ne va pas faire un enfant pour une rémunération… »
C’est déjà ainsi depuis 1945, l’enfant est un enjeu prestataire, fiscal dans les foyers. Bien sûr, ce n’est pas vraiment dit, c’est cela qui est immoral.
Les autres peuvent nous dire que « la maternité et la paternité perdent leur valeur affective, leur sens social ». Je doute fort que notre société aujourd’hui donne une quelconque valeur à l’encadrement familial. Notre société aujourd’hui élève des consommateurs qui échappent à la singularité de leurs parents : ils veulent tous un portable, ils portent tous le même blouson matelassé, ils veulent tous habiter dans un pavillon en parpaing…
D’autres encore pourraient nous alerter sur l’incapacité de certains parents à gérer cette ressource. On le sait. Les familles tuyaux de poêle existent, d’autres manquent de savoirs.     Mais le travail médico-social n’a-t-il pas été créé pour accompagner la personne dans sa réalisation individuelle et familiale ? La mission est au service des populations fragiles :  les parents, jeunes parents, parents isolés, parent à gros handicap social sont des populations fragiles.

Il faudrait simplement former mieux et davantage de travailleurs sociaux pour accompagner, guider, contrôler sans doute. Mais je suis certaine qu’au bout d’une première génération ainsi aidée, notre société verra le besoin de travail social diminuer.
Le parent au foyer ne devra pas être isolé dans la société ni coupé du monde du travail. S’il le souhaite, il doit pouvoir bénéficier de formation personnelle (santé, droit, puériculture, budget familial, alimentation, jardin, économie d’énergie…) qui lui donne les bons outils pour cultiver son bonheur personnel. De la formation professionnelle aussi, dans tous les secteurs au sein de tous les organismes qui lui permettent d’entretenir ses compétences, de les améliorer, d’en acquérir de nouvelles. C’est tout un système à inventer.

Il devrait pouvoir échanger enfin sur ses difficultés comme ses plaisirs au fil de rencontres entre parents : cela existe déjà au sein d’associations créées par des parents où l’on partage des idées, des savoirs, des inquiétudes aussi.

Ce temps parental ne devrait pas avoir de limite jusqu’à l’accès à l’autonomie de l’enfant, lycéen, étudiant. Tout le monde sait que l’enfant coûte de plus en plus cher en grandissant.

Faudra-t-il une allocation pour le logement en location ou en accession ? à réfléchir. Une allocation pour un enfant handicapé ? à réfléchir. Une vraie rémunération pour un adulte handicapé s’il ne travaille pas ? oui…

Laissons, Monsieur le président du Futur, laissons aux économistes et aux organismes prestataires le soin de réaliser ce programme dans le détail. Mais cette offre généreuse devrait permettre de libérer de l’emploi ou de diminuer le nombre de chômeurs tout en améliorant le pouvoir d’achat des ménages.

Donner le temps de l’éducation

L’éducation, c’est ensuite l’école.
L’éducation nationale est le plus gros morceau à réformer. Mais notre mammouth donne du fil à retordre, sans  doute aussi parce que ce n’est pas un mammouth, simplement une énorme machine ralentie par les wagons qui s’empilent au fil des toquades ministérielles et aussi du temps qui passe et qui grossit l’encyclopédie.
L’école n’est plus le lieu unique des apprentissages scolaires – lire, écrire, compter – ni des savoirs fondamentaux – histoire, géographie, sciences, mathématiques et autres disciplines… Pardonnez moi, Monsieur le président du futur d’être aussi limitée dans l’offre d’enseignement, je sais que depuis que j’ai quitté mon école, il y a longtemps, les disciplines se sont enrichies, des nouvelles se sont invitées les méthodes ont évolué… C’est dire la masse d’informations qu’il faudrait pouvoir transmettre à cette jeunesse pour qu’elle puisse réfléchir et agir de façon intelligente et raisonnable, pour qu’elle sache cultiver son libre arbitre, pour quitter ces laisses autour du cou, la mode, le portable, l’ordinateur, le caddie.
Or l’Éducation Nationale a vu le temps scolaire diminuer au profit du loisir culturel et sportif, les fameux rythmes scolaires qui ont fait entrer « l’étranger » dans l’école nationale et laïque : l’animateur socio culturel, le chef de choeur d’une chorale paroissiale, le club de pétanque local, des conteuses, des philatélistes… mais moins de temps d’enseignements, et  moins d’enseignants aussi.
C’était sans doute le but recherché : confier l’école au milieu associatif ou aux employés communaux mais cela comporte  un risque énorme, celui de confier le temps scolaire à des associations militantes, à des communes dirigées par des partis extrémistes.
Les politiques d’hier – le temps sarkoziste – ont même fermé les écoles normales et choisi de larguer de jeunes bacheliers dans le cycle élémentaire, de recruter des professeurs de physique ou de français parmi les demandeurs d’emploi, cadres ou chefs d’entreprise. Ils ont tenté de brader la formation de la seule personne apte à relayer la parentalité dans l’éducation du citoyen de demain ; aujourd’hui, ces enseignants de l’école primaire, d’instituteurs sont devenus des professeurs des écoles – un simple titre de communicant destiné à leur faire croire qu’ils ont accédé à un échelon supérieur, mais sans bénéficier du temps libre hebdomadaire ni de la rémunération. Ils sont moins nombreux, ont des classes surchargées et leur salaire est loin d’être à la hauteur de la mission qu’ils portent.
Le tout numérique a mis au rencard les fameux fondamentaux. Les écoliers ont des tablettes numériques, apprennent l’encodage des systèmes informatiques, ce savoir est nouveau, sans doute utile, comme l’apprentissage d’une langue étrangère à la maternelle, mais pour en faire quoi ?

le tout numérique ne devrait que compléter les apprentissages premiers, ceux qui font appel à leur seule pensée, à leur seule mémoire, au geste de la main, à leur sens de l’observation, à leur maîtrise de la parole, au langage universel qui a construit le pays où ils vivent.

Apprennent-ils encore l’histoire, la géographie, les sciences ? Ils consultent sur internet, font du coupé-collé.
Oui, bien sûr, ce ministère compte encore beaucoup d’enseignants passionnés, formés, savants qui transmettent ces savoirs, sortent dans la campagne pour leur faire observer les têtards, les plantes aquatiques et les alerter sur la pollution des rivières, mais d’autres jouent la carte des lobbies, la fête du goût est d’abord celle du sucre, et sous le prétexte de les sensibiliser aux énergies alternatives, les promoteurs éoliens entrent dans les écoles.

Aujourd’hui, 21 décembre 2016, pardonnez moi Monsieur le président du futur, ce courrier que j’ai entamé en 2012 et si décousu dans le temps, un allié qui me fait si souvent défaut.
Donc aujourd’hui, France culture me réveille sur un nouveau projet de loi pour l’Education Nationale ; constatant l’endettement des ménages, même si celui-ci est en baisse, les technocrates de la rue de Grenelle se sont associés aux banques pour trouver une plage horaire dès le cours préparatoire afin d’initier les jeunes à la gestion du budget, à la tenue des comptes et aux différents produits bancaires, crédits, cartes et autres… Les préparer aussi, bien sûr, à une gestion budgétaire ménagère numérique lorsqu’ils seront adultes ; l’école poursuit la marche en avant : former de futurs consommateurs et les associer à la suppression des ressources humaines, le personnel des agences bancaires dont les fermetures vont se succéder.

Pour mieux les formater, que ne ferait-on pas pour captiver et capturer très tôt ces jeunes élèves !

L’école élémentaire a simplement besoin d’enseignants et de temps d’enseignements.
Le dictionnaire nous donne les divers sens du mot «élémentaire», il est question des bases, des rudiments, du minimum. Pour permettre aux enfants d’accéder à ces apprentissages premiers, il faut donner les moyens à l’école : enseignants formés, outils, temps et rémunération.

Or depuis plus de 30 ans,le Ministère de l’Education Nationale abandonne l’école et ses hussards .
Ici, dans ce lieu sacré de l’école élémentaire, les classes ne devraient pas excéder les 20 élèves,les enseignants devraient tous être formés et en nombre, les enseignements ne devraient s’attacher qu’aux éléments fondamentaux qui donnent les outils minima pour s’exprimer bien, pour comprendre mieux son environnement, pour garantir sa liberté de pensée, d’agir, sans qu’il soit esclave d’un système d’information et de communication.
Sont-ils prêts pour l’entrée au collège ? Ont-ils pu accéder au maximum de savoirs élémentaires ?

Sans doute pas.
Il leur faudrait  un autre temps de formation, du cours moyen 2e année à un cours moyen 3e année, qui deviendrait le cours supérieur, une année supplémentaire pour permettre aux plus faibles de rattraper quelques fondamentaux, aux autres de découvrir des disciplines culturelles, artistiques, sportives avec des enseignants assistés d’artistes ou d’animateurs professionnels, d’appréhender de nouveaux savoirs hors du champ scolaire, comme l’informatique, les multimedia.

C’est un gros effort demandé au Mammouth.
Cela suppose davantage d’enseignants, davantage de locaux scolaires, un réseau d’intervenants qualifiés, qui pourraient être triés sur le volet par une commission mixte (service public et privé, enseignants, artistes) et rémunérés : ce serait une solution à la déshérence matérielle de tant d’artistes et intermittents du spectacle.
C’est un choix politique très fort avant d’être une dépense.

Vient l’entrée en 6e, l’enfant a désormais entre 12 et 13 ans et un premier bagage intellectuel qui le prépare à de nouveaux apprentissages et à l’approfondissement des connaissances pré-acquises à l’école : laissons aux enseignants et aux cadres de l’éducation nationale le soin de travailler ensemble à construire un programme qui prépare l’enfant à son entrée dans une société, debout et citoyen et point de jargon technocrate. Il lui faut simplement développer ses connaissances de l’histoire, seule discipline transversale : histoire de la France, des autres pays du monde, de l’Europe, des continents africain, américain et eurasien, celle des sciences exactes (mathématiques, physiques, géographie, sciences de la vie et de la terre,sciences techniques, informatique…) ou des arts (littérature, musique, peinture, sculpture, cinéma…) et des sports, l’histoire des religions… avant même de leur enseigner toutes matières ou disciplines et afin qu’ils comprennent et appréhendent mieux la construction du savoir d’aujourd’hui.
Le programme d’histoire devrait s’enrichir davantage de l’histoire des découvertes pour éveiller le collégien à l’apprentissage de toutes ces matières, pour leur donner du sens aussi et comprendre la performance de nos ancêtres qui n’avaient qu’un crayon, du papier et quelques outils manuels.
Enseignements transversaux ou interdisciplinaires, ce sont des formulations sans doute obscures pour exprimer ce que je ressens : l’histoire et sa compagne la géographie, devraient être les piliers de la formation de l’enfant dans l’école. Ils l’éveillent à la société qui l’entoure, au pays où il vit. Les enseignants disposent aujourd’hui de formidables outils : les media (divers reportages et émissions télévisuelles…) les musées, les chantiers d’archéologie expérimentale (Guédelon réunit sur le site du château médiéval nombre de savoirs).

Ce temps du collège est essentiel et avant l’entrée au lycée, il devrait être suivi d’une nouvelle année hors temps scolaire dédiée à la découverte du monde professionnel, dans les trois secteurs primaire, secondaire et artistique, mais aussi à l’apprentissage de la vie quotidienne, puériculture, alimentation, santé, environnement, gestion d’un budget familial, citoyenneté. Oui, les entreprises peuvent devenir des partenaires, notamment pour des stages de découverte, pour informer sur leur production, l’offre d’emploi mais aussi les associations de consommateurs ou de protection de l’environnement, afin de donner aux jeunes adolescents une large  palette de choix d’orientations professionnelles mais aussi pour participer à la formation de leur esprit critique.
À l’issue de cette période, les adolescents devraient avoir les meilleures cartes pour choisir de poursuivre leurs études dans des directions précises, dans l’enseignement général ou technique.

Le lycéen a 17 ans.
En fonction de son parcours, il devrait pouvoir bénéficier de plusieurs choix  :
– la voie de l’apprentissage, formation en alternance
– la voie de l’éducation nationale : ses trois années de lycée d’enseignement général ou d’enseignement technique – les lycées des métiers – doivent le préparer à des études supérieures ou à l’entrée dans la vie active.

Une dernière année pourrait être proposée aux volontaires, filles ou garçons, pour une année dite de service civique : chacun peut intégrer un organisme public ou privé (armée, centre de secours, hôpital, collecte de déchets, sécurité routière), avec une rémunération et quelques  facilités comme passer le permis de conduire.

Prolonger le temps de formation de deux ans, voire trois ans serait un rêve ?     La société largue des jeunes dans le monde du travail – où le plein emploi n’a plus cours – à la merci de la rue, des extrémismes religieux, de l’oisiveté, des addictions en tous genres, de la dépression.    Ils coûtent à la société en dispositifs en tous genres dont l’efficacité n’a pas encore été démontrée avec pertinence.

La campagne présidentielle qui a commencé avec les primaires annonce chez les uns et les autres une foultitude de mesures concernant l’éÉducation nationale qui traduisent hélas des orientations politiciennes obtuses plutôt qu’un réel projet en faveur des jeunes générations.
Parmi les candidats à cette présidence du futur, Monsieur Fillon se propose de privatiser l’éducation nationale lui retirant tout son contenu philosophique et pédagogique : on verra des écoles catholiques, coraniques, des lycées Mac Donald Monsanto ou Mac Kinsey… Ce système est suicidaire car il divisera sans éduquer, car il fabrique des consommateurs avant de former les femmes et des hommes libres.
Voilà pour le fond de cette réforme.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la forme, cela se ferait autour de la table, après état des lieux de la démographie, des locaux, des sites géographiques, recherches diverses, échanges entre les corporations (État, région,département, élus, enseignants, personnels techniques, parents d’élèves…), quel grand chantier !

Parmi ces multiples points de forme d’une grande réforme, n’a-t-on pas entendu parler de l’uniforme?

Voilà encore une nouvelle proposition de François Fillon, candidat président du futur. L’uniforme ne serait pas inutile, il serait même important, mais je ne partage pas sa façon. L’uniforme serait offert par l’État, dans tous les cas. Une tenue vestimentaire confectionnée par des entreprises de France ou d’Europe (à condition qu’elles pratiquent les mêmes conditions en faveur des salariés), unique sur toute la France lorsque les établissements scolaires ne souhaitent pas s’investir dans le projet (et non pas investir, puis que l’État financerait) ou spécifique à certains établissements, sorte de signature, cette tenue aurait un objectif double :
– supprimer le vêtement ostentatoire qui rappelle la classe sociale et impose aux familles peu aisées, quelque soit le milieu intellectuel, des dépenses insupportables pour leur budget.

– Créer une communauté d’appartenance à un pays et son idéal, à une région, à un établissement enfin dont l’élève est un des représentants. Beaucoup de lycée des métiers sauraient mobiliser certains de leurs enseignements pour participer à la création d’une ligne de vêtements commun à une région, par exemple.
La réalisation de ces uniformes relancerait de belle façon la machine industrielle.

Oui, le risque de discrimination demeure (couleur de peau, coiffure, accessoires divers) mais il est atténué.

Voilà, Monsieur le président du futur, un premier chantier que vous pourriez mener avec le pays, dès votre élection ; il vous suffirait de lancer des Assises nationales de l’école réunissant toutes les parties concernées mais aussi des volontaires de la société civile, de fixer des échéances, d’e construire un vrai budget prévisionnel comportant l’analyse financières de la relance économique (travaux sur les bâtiments scolaires, arrivée tardive des jeunes sur le marché de l’emploi,   activité industrielle…)