Pour commencer

Monsieur le Président Directeur Généreux du Parti De Gauche, je viens de terminer votre dernier livre, rouge de couve, rouge de colère, lettres noires comme le drapeau noir de l’anarchie. J’ai pris deux mois à le lire. Non qu’il soit difficile à lire, je pense que j’aurais pu le faire d’une traite, un dimanche, jour du seigneur. Mais je n’avais pas assez de dimanches, ni de veilles, ni de moment souple et vide pour me plonger dedans sans masque ni bouée.
Oui, oui, on peut s’y noyer ou s’y pendre, comme j’ai failli le faire en fermant un an plus tôt le livre de Ruffin, « la guerre des classes », rouge de couve, la tête noire d’un patron le couteau entre les dents.
J’ai terminé votre livre, qui s’ouvre à l’internationale, sur l’Europe que vous connaissez de l’intérieur, sur ce message d’espoir aussi : Osons.
Alors, j’ai osé reprendre votre essai, poings par poings, sans complaisance, ni candide, ni bornée.

1 : Directeur : qui donne la direction

Finalement ce parallèle avec Ruffin sied bien au combat que vous menez tous les deux, le livre de Ruffin n’ouvre guère de portes, il laisse un goût de déprime, il a le mérite de mettre les points sur les i de l’exploitation de l’homme par l’homme, il informe sur le quotidien des ouvriers, des caissières, des gros propriétaires poitevins, il montre les dessous d’un système enlisé.
Le votre nous ferait bomber le torse, lever la tête, humer l’air de la rue. Il est de l’ordre de l’intérêt général et la démarche à laquelle vous nous invitez, nous citoyens, est la même que celle des pays d’Amérique du Sud. Chassons les profiteurs, les viandards, prenons le pouvoir par les urnes et construisons une nouvelle société après avoir élu nos représentants au sein d’une constituante.
J’ai compris ce premier message.
Et déjà, je doute.
L’intérêt général…
Définissez le, tout de suite, maintenant.
Expliquez.
L’intérêt général du citoyen français est-il le même que celui des pays d’Amérique latine ? sans doute, mais le premier a trop à perdre pour comprendre l’enjeu. Le premier est coincé, englué dans un fonctionnement consumériste, dans un confort médiocre qui s’installe entre les crédits de la maison et de la voiture, le téléphone portable et le grand écran tellement petit, le chariot que l’on pousse dans les rayons d’un supermarché toujours approvisionné, la visite à la belle mère un week-end sur deux, l’entraînement de foot du gamin ou la compétition de GRS de la plus jeune, le coiffeur, le tiercé, la réunion de parents d’élèves, le banquier… Un quotidien ordinaire soutenu par une gestion serrée d’un pouvoir d’achat encore élevé si on le compare à celui de ces peuples d’Amérique latine ou  de Tunisie, qui eux, n’ont plus rien à perdre, plus rien. C’est ce confort apparent de l’ordinaire d’une majorité de français qui rend difficile la compréhension du message comme l’expression de la colère. Ce semblant de confort qui fait dire à un maître nageur municipal, syndiqué à la CGT et qui ne fait pas grève un jour de mobilisation pour la retraite à 60 ans : « je n’ai pas les moyens de perdre une journée de travail ».
Donc vous devez expliquer comment construire une nouvelle société plus juste, plus libre, plus égale sans rompre avec l’apparente stabilité du quotidien.

Je vous écrivais ainsi en 2012, à l’heure de la foule à la Bastille, la marche de la VIe République, la hausse des sondages, l’espoir.
Depuis j’ai appris, j’ai compris que nous étions vieux tous les deux, et que vous étiez seul. Ce n’était pas vraiment la tour d’ivoire, mais les mésalliances, et votre détestation des medias fissuraient cette stature porteuse d’espoir, en tous les cas, du mien. Votre projet était “contre”, j’espérais “pour”. Le Front national siphonnait votre idéal social et les voix populaires.
L’élection d’un président socialiste sur un programme social aurait dû me rassurer. Vos prises de paroles pouvaient donner le cap mais les communistes allaient à la gamelle tandis que consciencieusement le président et son gouvernement trahissaient leurs promesses.
Lorsque cet élu socialiste, ancien maire de sous-préfecture, me dit en désespoir de cause au soir du premier tour des régionales de 2015 : « mais qu’est-ce-que tu connais toi à la gauche ? », ce soir là, j’ai touché le fond de mes désillusions sur l’homme et l’idéal, c’est à dire sur tous ces encartés “à gauche” et mon idéal social, humaniste. Ils avaient tous été à la gamelle et ils y allaient encore : ils sauvaient leur poste de maire, de président ou vice-président de communautés de communes, arrosés par quelques coups de pouce de grands groupes industriels ou commerciaux qui dépeçaient les grands services publics avec la bienveillante complicité de l’Europe. Les attentats parisiens les rendaient furieusement patriotes, on gérait l’insécurité pour mieux gérer la sécurité économique du grand patronat. Ces socialistes là avaient choisi leur camp détournant l’attention par une réforme territoriale qui allait servir les intérêts de ce grand patronat. Le démantèlement des régions était la première phase, allaient suivre les intercommunalités. Comment ?
C’est une maire d’une petite commune de la Creuse, présidente d’un syndicat intercommunal de gestion de l’eau liant sa commune à une autre, qui m’en donna l’explication. Les appels d’offres nationaux et européens s’imposent aux grandes intercommunalités et favorisent les multinationales pour la gestion de l’eau, des déchets, ou la réalisation de gros chantier. Cette élue n’était pas de gauche, mais elle allait aussi à la gamelle.

Aujourd’hui l’année 2015 se termine dans un état d’urgence dur qui dure, des régionales sans projet et juste un peu d’espoir à l’annonce des législatives espagnoles où Podemos exprime tout ce que les électeurs français ont voulu dire, quinze jours plus tôt.
Seront-ils floués comme les Grecs par l’Europe des banquiers ?

Nous sommes à quelques mois de l’élection présidentielle, ne croyez-vous pas, Madame ou Monsieur le président du futur qu’il serait temps de penser à nous, mais surtout à nos enfants auxquels vous devez léguer un pays vivant, juste, aimé ?
Il nous faudrait un programme clair et non des triturations de territoires, des distributions de prérogatives.     Arrêtez de parler de réformes : au temps du service militaire, un appelé était réformé parce que malade, inapte.     Dans l’agriculture, la vache de réforme est celle qui n’a plus d’utilité ni de valeur. Arrêtez de nous faire une France réformée. Ayez un vrai projet du futur, un futur au conditionnel et non subjectif.
Au conditionnel parce que la réflexion devrait être partagée par tous, et non subjectif privilégiant l’intérêt commun.
Quel serait ce projet simple pour être compris par tous, facile parce que librement consenti ?
Quels sont les deux champs que les politiques doivent labourer pour assurer un avenir solide et partagé par tous aux générations de demain ? :

L’éducation et l’environnement.
L’éducation, parce qu’elle forme les enfants et les jeunes d’aujourd’hui à devenir des citoyens avisés acteurs de leur vie personnelle et sociale, et non des consommateurs.

L’environnement, parce qu’il est l’espace  légué pour permettre à ces citoyens de poursuivre leur chemin et d’y construire un avenir serein sans désespérance pour leur descendance.

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