Donner le temps de l’éducation

L’éducation, c’est ensuite l’école.
L’éducation nationale est le plus gros morceau à réformer. Mais notre mammouth donne du fil à retordre, sans  doute aussi parce que ce n’est pas un mammouth, simplement une énorme machine ralentie par les wagons qui s’empilent au fil des toquades ministérielles et aussi du temps qui passe et qui grossit l’encyclopédie.
L’école n’est plus le lieu unique des apprentissages scolaires – lire, écrire, compter – ni des savoirs fondamentaux – histoire, géographie, sciences, mathématiques et autres disciplines… Pardonnez moi, Monsieur le président du futur d’être aussi limitée dans l’offre d’enseignement, je sais que depuis que j’ai quitté mon école, il y a longtemps, les disciplines se sont enrichies, des nouvelles se sont invitées les méthodes ont évolué… C’est dire la masse d’informations qu’il faudrait pouvoir transmettre à cette jeunesse pour qu’elle puisse réfléchir et agir de façon intelligente et raisonnable, pour qu’elle sache cultiver son libre arbitre, pour quitter ces laisses autour du cou, la mode, le portable, l’ordinateur, le caddie.
Or l’Éducation Nationale a vu le temps scolaire diminuer au profit du loisir culturel et sportif, les fameux rythmes scolaires qui ont fait entrer « l’étranger » dans l’école nationale et laïque : l’animateur socio culturel, le chef de choeur d’une chorale paroissiale, le club de pétanque local, des conteuses, des philatélistes… mais moins de temps d’enseignements, et  moins d’enseignants aussi.
C’était sans doute le but recherché : confier l’école au milieu associatif ou aux employés communaux mais cela comporte  un risque énorme, celui de confier le temps scolaire à des associations militantes, à des communes dirigées par des partis extrémistes.
Les politiques d’hier – le temps sarkoziste – ont même fermé les écoles normales et choisi de larguer de jeunes bacheliers dans le cycle élémentaire, de recruter des professeurs de physique ou de français parmi les demandeurs d’emploi, cadres ou chefs d’entreprise. Ils ont tenté de brader la formation de la seule personne apte à relayer la parentalité dans l’éducation du citoyen de demain ; aujourd’hui, ces enseignants de l’école primaire, d’instituteurs sont devenus des professeurs des écoles – un simple titre de communicant destiné à leur faire croire qu’ils ont accédé à un échelon supérieur, mais sans bénéficier du temps libre hebdomadaire ni de la rémunération. Ils sont moins nombreux, ont des classes surchargées et leur salaire est loin d’être à la hauteur de la mission qu’ils portent.
Le tout numérique a mis au rencard les fameux fondamentaux. Les écoliers ont des tablettes numériques, apprennent l’encodage des systèmes informatiques, ce savoir est nouveau, sans doute utile, comme l’apprentissage d’une langue étrangère à la maternelle, mais pour en faire quoi ?

le tout numérique ne devrait que compléter les apprentissages premiers, ceux qui font appel à leur seule pensée, à leur seule mémoire, au geste de la main, à leur sens de l’observation, à leur maîtrise de la parole, au langage universel qui a construit le pays où ils vivent.

Apprennent-ils encore l’histoire, la géographie, les sciences ? Ils consultent sur internet, font du coupé-collé.
Oui, bien sûr, ce ministère compte encore beaucoup d’enseignants passionnés, formés, savants qui transmettent ces savoirs, sortent dans la campagne pour leur faire observer les têtards, les plantes aquatiques et les alerter sur la pollution des rivières, mais d’autres jouent la carte des lobbies, la fête du goût est d’abord celle du sucre, et sous le prétexte de les sensibiliser aux énergies alternatives, les promoteurs éoliens entrent dans les écoles.

Aujourd’hui, 21 décembre 2016, pardonnez moi Monsieur le président du futur, ce courrier que j’ai entamé en 2012 et si décousu dans le temps, un allié qui me fait si souvent défaut.
Donc aujourd’hui, France culture me réveille sur un nouveau projet de loi pour l’Education Nationale ; constatant l’endettement des ménages, même si celui-ci est en baisse, les technocrates de la rue de Grenelle se sont associés aux banques pour trouver une plage horaire dès le cours préparatoire afin d’initier les jeunes à la gestion du budget, à la tenue des comptes et aux différents produits bancaires, crédits, cartes et autres… Les préparer aussi, bien sûr, à une gestion budgétaire ménagère numérique lorsqu’ils seront adultes ; l’école poursuit la marche en avant : former de futurs consommateurs et les associer à la suppression des ressources humaines, le personnel des agences bancaires dont les fermetures vont se succéder.

Pour mieux les formater, que ne ferait-on pas pour captiver et capturer très tôt ces jeunes élèves !

L’école élémentaire a simplement besoin d’enseignants et de temps d’enseignements.
Le dictionnaire nous donne les divers sens du mot «élémentaire», il est question des bases, des rudiments, du minimum. Pour permettre aux enfants d’accéder à ces apprentissages premiers, il faut donner les moyens à l’école : enseignants formés, outils, temps et rémunération.

Or depuis plus de 30 ans,le Ministère de l’Education Nationale abandonne l’école et ses hussards .
Ici, dans ce lieu sacré de l’école élémentaire, les classes ne devraient pas excéder les 20 élèves,les enseignants devraient tous être formés et en nombre, les enseignements ne devraient s’attacher qu’aux éléments fondamentaux qui donnent les outils minima pour s’exprimer bien, pour comprendre mieux son environnement, pour garantir sa liberté de pensée, d’agir, sans qu’il soit esclave d’un système d’information et de communication.
Sont-ils prêts pour l’entrée au collège ? Ont-ils pu accéder au maximum de savoirs élémentaires ?

Sans doute pas.
Il leur faudrait  un autre temps de formation, du cours moyen 2e année à un cours moyen 3e année, qui deviendrait le cours supérieur, une année supplémentaire pour permettre aux plus faibles de rattraper quelques fondamentaux, aux autres de découvrir des disciplines culturelles, artistiques, sportives avec des enseignants assistés d’artistes ou d’animateurs professionnels, d’appréhender de nouveaux savoirs hors du champ scolaire, comme l’informatique, les multimedia.

C’est un gros effort demandé au Mammouth.
Cela suppose davantage d’enseignants, davantage de locaux scolaires, un réseau d’intervenants qualifiés, qui pourraient être triés sur le volet par une commission mixte (service public et privé, enseignants, artistes) et rémunérés : ce serait une solution à la déshérence matérielle de tant d’artistes et intermittents du spectacle.
C’est un choix politique très fort avant d’être une dépense.

Vient l’entrée en 6e, l’enfant a désormais entre 12 et 13 ans et un premier bagage intellectuel qui le prépare à de nouveaux apprentissages et à l’approfondissement des connaissances pré-acquises à l’école : laissons aux enseignants et aux cadres de l’éducation nationale le soin de travailler ensemble à construire un programme qui prépare l’enfant à son entrée dans une société, debout et citoyen et point de jargon technocrate. Il lui faut simplement développer ses connaissances de l’histoire, seule discipline transversale : histoire de la France, des autres pays du monde, de l’Europe, des continents africain, américain et eurasien, celle des sciences exactes (mathématiques, physiques, géographie, sciences de la vie et de la terre,sciences techniques, informatique…) ou des arts (littérature, musique, peinture, sculpture, cinéma…) et des sports, l’histoire des religions… avant même de leur enseigner toutes matières ou disciplines et afin qu’ils comprennent et appréhendent mieux la construction du savoir d’aujourd’hui.
Le programme d’histoire devrait s’enrichir davantage de l’histoire des découvertes pour éveiller le collégien à l’apprentissage de toutes ces matières, pour leur donner du sens aussi et comprendre la performance de nos ancêtres qui n’avaient qu’un crayon, du papier et quelques outils manuels.
Enseignements transversaux ou interdisciplinaires, ce sont des formulations sans doute obscures pour exprimer ce que je ressens : l’histoire et sa compagne la géographie, devraient être les piliers de la formation de l’enfant dans l’école. Ils l’éveillent à la société qui l’entoure, au pays où il vit. Les enseignants disposent aujourd’hui de formidables outils : les media (divers reportages et émissions télévisuelles…) les musées, les chantiers d’archéologie expérimentale (Guédelon réunit sur le site du château médiéval nombre de savoirs).

Ce temps du collège est essentiel et avant l’entrée au lycée, il devrait être suivi d’une nouvelle année hors temps scolaire dédiée à la découverte du monde professionnel, dans les trois secteurs primaire, secondaire et artistique, mais aussi à l’apprentissage de la vie quotidienne, puériculture, alimentation, santé, environnement, gestion d’un budget familial, citoyenneté. Oui, les entreprises peuvent devenir des partenaires, notamment pour des stages de découverte, pour informer sur leur production, l’offre d’emploi mais aussi les associations de consommateurs ou de protection de l’environnement, afin de donner aux jeunes adolescents une large  palette de choix d’orientations professionnelles mais aussi pour participer à la formation de leur esprit critique.
À l’issue de cette période, les adolescents devraient avoir les meilleures cartes pour choisir de poursuivre leurs études dans des directions précises, dans l’enseignement général ou technique.

Le lycéen a 17 ans.
En fonction de son parcours, il devrait pouvoir bénéficier de plusieurs choix  :
– la voie de l’apprentissage, formation en alternance
– la voie de l’éducation nationale : ses trois années de lycée d’enseignement général ou d’enseignement technique – les lycées des métiers – doivent le préparer à des études supérieures ou à l’entrée dans la vie active.

Une dernière année pourrait être proposée aux volontaires, filles ou garçons, pour une année dite de service civique : chacun peut intégrer un organisme public ou privé (armée, centre de secours, hôpital, collecte de déchets, sécurité routière), avec une rémunération et quelques  facilités comme passer le permis de conduire.

Prolonger le temps de formation de deux ans, voire trois ans serait un rêve ?     La société largue des jeunes dans le monde du travail – où le plein emploi n’a plus cours – à la merci de la rue, des extrémismes religieux, de l’oisiveté, des addictions en tous genres, de la dépression.    Ils coûtent à la société en dispositifs en tous genres dont l’efficacité n’a pas encore été démontrée avec pertinence.

La campagne présidentielle qui a commencé avec les primaires annonce chez les uns et les autres une foultitude de mesures concernant l’éÉducation nationale qui traduisent hélas des orientations politiciennes obtuses plutôt qu’un réel projet en faveur des jeunes générations.
Parmi les candidats à cette présidence du futur, Monsieur Fillon se propose de privatiser l’éducation nationale lui retirant tout son contenu philosophique et pédagogique : on verra des écoles catholiques, coraniques, des lycées Mac Donald Monsanto ou Mac Kinsey… Ce système est suicidaire car il divisera sans éduquer, car il fabrique des consommateurs avant de former les femmes et des hommes libres.
Voilà pour le fond de cette réforme.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la forme, cela se ferait autour de la table, après état des lieux de la démographie, des locaux, des sites géographiques, recherches diverses, échanges entre les corporations (État, région,département, élus, enseignants, personnels techniques, parents d’élèves…), quel grand chantier !

Parmi ces multiples points de forme d’une grande réforme, n’a-t-on pas entendu parler de l’uniforme?

Voilà encore une nouvelle proposition de François Fillon, candidat président du futur. L’uniforme ne serait pas inutile, il serait même important, mais je ne partage pas sa façon. L’uniforme serait offert par l’État, dans tous les cas. Une tenue vestimentaire confectionnée par des entreprises de France ou d’Europe (à condition qu’elles pratiquent les mêmes conditions en faveur des salariés), unique sur toute la France lorsque les établissements scolaires ne souhaitent pas s’investir dans le projet (et non pas investir, puis que l’État financerait) ou spécifique à certains établissements, sorte de signature, cette tenue aurait un objectif double :
– supprimer le vêtement ostentatoire qui rappelle la classe sociale et impose aux familles peu aisées, quelque soit le milieu intellectuel, des dépenses insupportables pour leur budget.

– Créer une communauté d’appartenance à un pays et son idéal, à une région, à un établissement enfin dont l’élève est un des représentants. Beaucoup de lycée des métiers sauraient mobiliser certains de leurs enseignements pour participer à la création d’une ligne de vêtements commun à une région, par exemple.
La réalisation de ces uniformes relancerait de belle façon la machine industrielle.

Oui, le risque de discrimination demeure (couleur de peau, coiffure, accessoires divers) mais il est atténué.

Voilà, Monsieur le président du futur, un premier chantier que vous pourriez mener avec le pays, dès votre élection ; il vous suffirait de lancer des Assises nationales de l’école réunissant toutes les parties concernées mais aussi des volontaires de la société civile, de fixer des échéances, d’e construire un vrai budget prévisionnel comportant l’analyse financières de la relance économique (travaux sur les bâtiments scolaires, arrivée tardive des jeunes sur le marché de l’emploi,   activité industrielle…)

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